ADIEU MUTIN

 

remerciements de Rosa en fin de cette page

La triste nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre à la vitesse du vent, nous sommes toutes profondément tristes du décès de Mutin, la moitié de Rosa.

Ce grand seigneur était un papy ayant plus de 32 ans, mais il y avait une telle force dans son amazone, que Mutin sortait encore de temps en temps faire une
promenade avec sa cavalière.

Beau bai, cheval noble dans son coeur et dans son geste, il a toujours donné le meilleur de lui même et a reçu de l'amour et de l'amour encore. C'était un centaure, jambes de cheval et tête de femme soigneusement chapeauté. Voir ce couple évolué était un cadeau du ciel, c'était magique, ce qui fait rêver toute cavalière, amazone de la complicité qu'il peut y avoir avec un cheval. Un vrai mariage, avec de grands hauts de petits bas, et ce dialogue sans frontière, la femme parle, le cheval agit...

Je regarde El Gato qui tond le jardin, il a 28 ans et tous les jours sont parasités de cette angoisse qu'un jour moi aussi je serais cul-de-jatte, il est des chevaux comme des hommes, on en a qu'un dans une vie, le vrai, le pur, son autre moitié...

Rosa nous pensons bien à toi, et beaucoup de témoignages arrivent au site, nous partageons toutes et tous ton chagrin.

MARIE HELENE

Rencontre de Rosa et Mutin dans l'Oise sauvage
C'est la tête pleine de l'impérissable souvenir laissé par cette première visite de Rossa chez les Belles de Mai que je profitais d'un séjour en famille dans le Val d'Oise pour organiser une nouvelle rencontre. Il eut été innoportun de séjourner si près d'elle et de ne pas avoir la courtoisie de venir la saluer.Rosa répondit favorablement à ma demande et rendez-vous fut pris pour un joli matin du mois de mai, à Senlis.
Si vous n'avez jamais cheminé par ces routes de l'Oise, sachez qu'elles feraient le bonheur de tout amoureux du cheval. Chantilly, Senlis, Lamorlaye, toutes ces villes sont entièrement dédiées à la gloire du Cheval. Hippodrômes, écuries, pistes d'entrainement, allées cavalières, statues de pierre ou de buie taillées, tout est fait pour lui rendre hommage, sans oublier le célèbre musée du cheval de Chantilly.Et tout au bout de cette route, un centre équestre en lisière de forêt domaniale. Plus tôt, des biches broutaient auprès de la carrière.Bientôt, les odeurs de forêt, de terre mouillée, font place à celles de la paille et du foin, des chevaux qui mâchouillent et regardent avec intérêt le visiteur qui entre dans le couloir des boxes. Rosa est déjà en selle sur Mutin.

Toute de blanc vêtue, ils rayonnent au centre du manège.Déjà échauffé, Mutin s'approche dans un trot souple et le couple majestueux vient me saluer.Rosa m'offrira alors une présentation des talents de son merveilleux cheval. La discrétion des aides est absolue, allongements, transitions, changements de pied au galop, aux deux temps, appuyers. Mais Rosa ne se contente pas de montrer, elle n'étale jamais, elle raconte.

C'est une démonstration intelligente qu'elle me présente, tout est expliqué, et moi enchantée, je bois ses paroles et essaie d'ancrer ces images dans ma mémoire.En effet, on ne demande pas un changement de pied au galop avec la houssine, tout est dans l'assiette. Et c'est tellement plus beau, tellement plus chic, et tellement plus efficace. Rosa terminera par du passage et piaffer, pour me faire plaisir, toujours avec son sourire rayonnant et Mutin brillant.Mutin, adorable cheval, se sera prêté volontier à cette reprise malgré sa fatigue, il avait été souffrant quelques jours auparavant. Tout ce qu'il aura présenté, il l'aura donné, jamais il n'aura été poussé.Et ne vous ai-je pas raconté comment se met en place ce merveilleux cheval ? Aux simples mots "Mutin, en place" de sa cavalière, le voici placé.Beaucoup de complicité et d'amour unissent ce couple. Merci à vous pour cette mâtinée merveilleuse que j'ai passé en votre compagnie.Merci au facétieux Mutin, si brillant, et merci à toi Rosa.

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J'avais écris ce texte à la suite de notre rencontre, il n'avait jamais été publié.Je souhaiterais qu'il soit un hommage à votre couple. Mutin n'est plus, il a rejoint les vertes prairies de l'infini, mais restera toujours à tes côtés dans ton coeur. Je garderai dans ma mémoire ces merveilleux instants, images d'une complicité fabuleuse et de l'amour qui vous unissait.Je n'ai pas de photo de ces instants, c'est dans mon coeur que je souhaitais garder ces images, et c'est là que restera ton Mutin pour toujours auprès de toi.Merci à vous pour cette rencontre, adieu joli Mutin. Pleins de bisous et beaucoup de courage à toi chère Rosa.

Agathe.

Oraison Funèbre de Mutin du Sol

" O nuit désastreuse ! ô nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette épouvantable nouvelle : Mutin se meurt, Mutin est mort ! "
Qu'on me permette de pasticher Bossuet pour rendre hommage à mon compagnon chéri. Il" a passé du soir au matin, comme l'herbe des champs " et il s'en est allé brouter celle des prairies éternelles.

Nuit désastreuse que celle du 31 mai au 1er juin.
Journée magnifique que celle du 31 mai. Il m'avait accueillie avec son habituel hennissement de bienvenue, sonore et apparemment joyeux. Séance quotidienne de révérences assouplissantes avec gâteries, longue toilette, câlins, mots tendres. J'étais seule, j'avais tout mon temps, je le préparais pour le présenter le lendemain à une petite Mélissa dont la maman m'est chère.
Il faisait beau, je l'avais fait beau, son poil brillait, il avait sa bride des grands jours, moi je m'étais faite belle aussi, en bleu, habillée par les dons et le talent d'Albert, coiffée du chapeau de Gabrielle.
Nous sommes allés folâtrer, batifoler même vers le champ magique parmi les genêts en fleurs, après avoir longé la Petite Léonie dont les bas-côtés
cloutés de jaune, de blanc, de fuschia me ravissent particulièrement en cette saison.
Il a fait le fou plusieurs fois : " Ouh maman, j'ai peur, c'est un sanglier, ça ? " et de faire un écart . " Mais non, comédien, c'est une souche " " Non, ça n'était pas là hier ! " et de démarrer au galop pour échapper au danger.
Du coup, nous avons galopé, à droite, à gauche, changements de pied, une dizaine de changements au temps. Le bonheur, le temps arrêté, rêveries sur l'amour de ma vie, actions de grâce, reconnaissance, bénédiction.
Retour tranquille, au pas, d'un pas parfaitement carré, régulier, dynamique. A l'instant même où nous rentrions au Centre Equestre, tombèrent les premières gouttes de pluie. Ce serait un orage, mais nous y avions échappé. La chance, toujours.
Une jeune fille blonde, inconnue mais charmante, à qui j'avais parlé avant que nous ne montions à cheval, est venue me rendre compte de sa reprise sur Stella. Elle a découvert Mutin, émerveillée. Ce fut une sorte de répétition générale pour la présentation du lendemain à Melissa.
- " Mutin, fais une vraie révérence… De l'autre côté, maintenant, encore une vraie révérence… Un étirement normal maintenant… Encore un… " Il repliait le genou gauche, puis le droit, il allongeait ses antérieurs, étirait et descendait son dos avec une souplesse de jeune homme.
- " Mutin, tu nous dis bonjour ? " Il me tendit un antérieur, je le saisis, l'agitai un peu comme une poignée de main ; il posa sa tête sur mon épaule, je feignis de l'écouter me parler à l'oreille : " Ah vraiment ?… Tu crois ?… " Je lâchai sa main .
- " Tu veux des carottes ? " Hochements de tête verticaux enthousiastes.
- " Tu veux que je parte? " Nette dénégation avec hochements horizontaux.
- " Tu veux du foin ? " Hennissement strident.
Je raffinai :
- " Rentre dans ton box et redemande ". Il recula, hennit de nouveau.
Les yeux de la jeune fille brillaient. Mon cœur fondait. Comme toujours. Comme chaque jour. Une main sur l'encolure de Mutin entièrement appliqué à déguster son foin de luxe, j'ai redit - merci à cette jeune fille d'avoir été là et d'avoir entendu - mon bonheur cent fois, mille fois, dix mille fois éprouvé d'avoir rencontré ce merveilleux cheval.
Quand je l'ai quitté, j'avais passé plus de 5 heures avec lui. Merci, merci, merci. Merci encore.

Donc, le temps était orageux. Mutin n'a jamais aimé cela. Il a souvent fait des spasmes à la chaleur. Il a ressenti des douleurs abdominales, Philippe et Catherine s'en sont aperçus, on a appelé le vétérinaire de garde qui, par chance, était à Senlis et est arrivé très vite. Entre temps, Mutin s'était couché et coincé contre le mur du box. Il a fait des efforts terribles pour se relever, la tension est montée, Philippe et le Dr Riga sont passés par la fenêtre pour l'aider. Il est resté presque 5 mn assis, les antérieurs raidis, le cœur battant à tout rompre et, dans un effort manifestement prodigieux, il s'est remis sur ses jambes. Mais, voilà, cette fois, à tout rompre, un vaisseau s'était rompu.
Il a reçu antidouleur et antispasmodique, mais il était déjà ailleurs, il avait déjà rompu avec le monde conscient. Il a signé sa rupture en saignant du nez , le cœur s'est apaisé, le regard s'est éteint, il s'est couché gentiment, et il a mis le point final à trente années de vie dont j'espère qu'elles furent celles d'une bonne et douce vie de cheval.

Tous ceux qui l'ont connu, tous ceux qui me connaissent savent quelle perte et quelle peine infinies je peux éprouver. Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont exprimé leur compréhension avec des délicatesses qui me touchent profondément.

Mais je tiens à dire aussi que je rends grâces à Mutin de l'élégance avec laquelle il a tiré sa dernière révérence. Mieux que de la discrétion, je trouve qu'il y a mis du panache. Huit jours avant sa mort, mon amour et moi avions pu voir ce panache exploser sur le rond de longe : un jeune homme vous dis-je. Il ronflait, ruait, faisait des démarrages foudroyants, la queue sur les reins, la tête dressée, mutin jusqu'au bout sous prétexte que des poneys passaient dans le sous-bois.
Il est parti fidèle au cheval de gloire qu'il avait été : lui, le petit anglo qui ne valait pas tripette, il avait eu l'audace de dérouler des reprises de Grand Prix en Concours Nationaux avec son amazone en selle de dame. Il avait forcé l'admiration des plus grands. Il avait d'ailleurs gagné l'affection du plus grand, le Maître Nuno Oliveira qu'un autre très grand, Eric, voit accueillir Mutin au paradis des chevaux.
Il m'a épargné tous les chagrins parasites qui auraient pu accompagner sa mort : sa souffrance, sa déchéance, un déclin cruel, voire la décision ultime de l'euthanasie que je craignais devoir prendre un jour.
Il m'a offert cette dernière journée parfaite et ces images que je vous propose de conserver : une amazone en bleu sur un Mutin miraculeusement jeune parmi le jaune et l'ocre des genêts ; une tête posée avec confiance sur mon épaule, et, pour être fidèle à son caractère primesautier, mutin en somme, quelques coups de cul insolemment décochés.
Journée parfaite, histoire d'amour parfaite, parfaitement accomplie.
Tout est accompli. Merci Mutin.

 

L'après Mutin

A toutes celles et à tous ceux qui se sont manifestés d'une manière ou d'une autre après la mort de Mutin, l'adorable, le merveilleux Mutin.

Je tiens à vous dire un énorme merci. Vous avez su, tous et toutes, trouver des mots qui m'ont fait un bien fou. Et je parle ici de tous les mots. J'en ai lu beaucoup, qui ne m'étaient pas adressés, qui parvenaient à des amies, qui s'amoncelaient sur un forum, - tous messages que l'on m'a fait suivre, que l'on m'a signalés - pour ne rien dire, bien sûr, de ceux qui m'ont été communiqués directement, et qui, tous, concernaient la disparition de mon compagnon chéri.
Vous avez su me faire sentir avec délicatesse que mon chagrin était reconnu, respecté, partagé d'une certaine manière. J'ai intensément ressenti votre sensibilité, votre compréhension, une empathie qui m'allait droit au coeur, droit aux larmes. Car j'ai beaucoup pleuré en vous lisant, comme je continue à pleurer maintenant en vous écrivant, de ces larmes qui font du bien.
Je n'avais jamais ressenti à ce point l'effet libérateur des larmes " permises ". Dans son dernier livre (De chair et d'âme ), Boris Cyrulnik explique de façon lumineuse la participation d'autrui au travail de deuil: " La perte est une perception du manque qui dépend du tempérament de la personne et de sa relation avec le défunt. Le deuil est une représentation du manque qui dépend de l'entourage familial et culturel. La perte est irrémédiable alors que le deuil évolue [...] selon ce qu'en feront la famille et la culture. " Dans ces circonstances, vous avez su être ma famille, vous avez représenté ma culture. Que vous ayez reconnu et respecté l'authenticité de ma perte m'a aidée et m'aide dans mon deuil.
Donc, sachez que je vous suis vraiment reconnaissante de ce que vous avez dit et écrit. Permettez-moi d'être plus particulièrement émue des beaux textes d'Agathe et de l'inlassable action de Marie-Hélène qui sait si bien mettre en réseau nos " sororités ".
A toutes et tous, encore et encore, merci, mercis. Me voici désormais dans l'après-Mutin qui restera indéfiniment le Toujours-Mutin, entre autres grâce à vous.

 

ROSA

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