AU PRE OU AU BOX


Le jour se lève enfin, encore tout endormie, je vois arriver mon mari, chargé d’une brassée de foin … pardon, d’un plateau plein de bonnes choses.
Petit déjeuner au lit; comme c’est agréable pour commencer la journée!…Délicieusement rassasiée, j’attends la suite des festivités, et voilà mon chéri qui arrive tout content du cadeau qu'il me destine. Il est allé au salon du cheval… pardon, de la montagne. Il a trouvé la perle rare, un magnifique sac à dos, amortisseur dorsal, sangle en gel adaptable à la morphologie de celui qui porte la charge… que du bonheur… Il a pris la précaution de bien le remplir, 30 petits kilos, ou la moitié je ne sais plus, en tout cas c'est lourd. La surprise passée, je saute dans un pantalon, à peine un coup de bouchon… pardon, de gant sur le nez et d’étrille dans les crins… pardon, de brosse dans les cheveux et me voilà harnachée et chargée comme une bourrique (phrase que vous devez bien noter pour comprendre la suite).

Au programme de la journée, promenade bucolique dans la montagne, qu’il a dit.

On part directement de la maison, à sabots, … pardon à pied bien sûr, sac sur le dos… on attaque vaillamment le sentier …

Qu’il est loin le doux moelleux de ma litière, pardon de ma couette, où sont passés mes étirements, et mes gratis grattas dans l’herbe douce de rosée… pardon dans la salle de bain avec douche tiède et savon parfumé…

Pourquoi aller si vite, si loin, pourquoi galoper… pardon pourquoi crapahuter dès l’aube. C’est vrai qu’il fait beau, que le chemin, parcouru plus de 100 fois, est sympa mais aussi il finit par être lassant, peut-on s’arrêter pour grignoter cette touffe d’herbe si tentante ?… pardon pour grignoter la barre de chocolat discrètement planquée dans la poche du super sac à dos ?… ben non ! c’est ça le sport, on y va, en avant, calme et droit, on ne sait pas trop où l'on va, ni pourquoi et pour ce qui est d’être droit … trop lourde la merveille à sangles si serrées qu’elles m’empêchent de respirer, et voilà que je sue comme pas deux… courbée et râlant. Ah faut pas se plaindre, qu'il a dit, mais moi je ne suis pas un cheval et je dis haut et fort mon raz le bol...

On marche, on marche oui ! on grimpe plutôt ! qu’elle est haute cette montagne, en plus va falloir la redescendre quelle idée, c'est bien humain ça… mais ça change. L’autre jour, idem, sous prétexte d’une nouvelle selle… pardon, de nouvelles baskets, on a été direct au manège, … pardon au stade, et là trot, galop, saute encore et encore, … oui vous avez compris la chanson, court, saute, arrêt, bref… on a fait du sport, pour le plaisir… ruisselante, pantelante, j’ai suivi, comme aujourd’hui je grimpe sur cette montagne pour lui faire plaisir, et moi je n’appelle pas ça du sport mais de l’amour, je l’aime alors je veux lui faire plaisir, je le suis en tout partout, même si ce n’est pas mon plaisir à moi qui rêve d’un champ rempli de tendre sainfoin, couché au soleil à regarder voler les oiseaux… pardon, d'une chaise longue au bord de la piscine avec un bon roman... oui je fais ça par amour…

Cela ne vous rappelle rien ????

Pourtant mon récit est assez explicite: qui est dans son box où il a avalé sa ration et vous attend avec impatience ?

Qui sort du box, coup de brosse, selle (nouvelle ou ancienne), ventre sanglé, hop cavalier sur le dos et hardi petit, une heure de besogne pour l’un et plaisir pour l’autre ?

Ou randonnée interminable, parsemée de si alléchantes fleurs que l’on ne retrouvera qu’en rêve… avance, avance harnaché et chargé comme une bourrique, avance, avance petit cheval incompris, et si mal aimé… le sport tu t’en moques toi, tu n’as pas des kilos à perdre, mais des tendons qui vieillissent avant l’heure juste pour le plaisir… ton œil devient triste, mais toujours rempli de cet amour pour ce cavalier qui ne sait rien de toi, et qui n’a pas su voir tout l’amour et l’honneur que tu lui fais en lui permettant d’être avec toi et presque toujours sur toi…

Heureusement, je n’ai pas un mari comme ça, car contrairement à la majorité de ces chevaux coincés dans leur box, nous les humains, on a le choix, le choix de donner notre amour à celui qui sait nous comprendre, nous respecter et nous aimer.

Tous ces cavaliers qui sortent de ces salons équestres chargés de brides, tapis, selles et autres objets cultes, pensent peut-être confort du cheval mais plus sûrement mode, look et autres.

Quand je suis sortie d’Equitalyon, j’étais chargée aussi, de sacs de plantes anti-raideurs pour mon papé El Gato, de sels minéraux et vitamines pour Hidalgo et El Gato, que de bonnes choses en complément d’une vie, comme le disait une amie assez …. belle. Pas de box, un abri où il fait bon s’abriter du soleil comme de la pluie, herbe et eau fraîche à volonté, et des m2 de prairies arborées, rien que pour… vivre une vie de cheval. Quand j’arrive, c’est au galop que mes chevaux quittent leur paradis, pour me voir, petits hennissements d’ El Gato pour me signifier son contentement de me savoir là, et pour le plaisir, j’ai droit à une révérence de mon papé, Hidalgo me suit au pas espagnol, à ma demande, … juste pour MON plaisir, et par amour pour moi… les chevaux nous donnent le meilleur d’eux mêmes, comme nos chiens et nos chats. Ne pas avoir la chance de les avoir chez soi, ne doit pas vous faire oublier le minimum à leur offrir tous les jours.

Ne lui faites pas le coup du sac à dos… ils ne le méritent pas, on peut être heureux aussi à l'écurie.

Pensez à leur plaisir à eux, ainsi ils vous le rendront au centuple croyez moi !

Quand vous arrivez au box, tout sale qu’il est de sa nuit dans son fumier, (n’oubliez pas 23 h sur 24 h sur son … « chiotte »), lâchez-le dans un endroit sec, et laissez-le se rouler, s’étirer, se masser le dos, et jeter son feu… laissez-le s’ouvrir, après avoir été comprimé pendant des heures… prenez le temps de lui faire un pansage calme et doux, oubliez la brosse sur la tête… une petite époussette faite dans une vieille couverture, c’est plus doux non ? gratouillez-le au bas de l’encolure, il en rira de bonheur… échangez vos amours réciproques tout simplement.

Seller, brider, ne le bloquez pas de suite avec une sangle trop serrée, ou un harnachement quelconque, laissez lui son équilibre le temps de l’échauffement… et surtout, ne lui montez pas dessus à la sortie du lit… pardon du box… à vous non plus, ça ne vous fera pas de mal de marcher un peu…

Et tout cela se fait aussi en sens inverse, on ne le repose pas au box, comme un vélo, on le desselle, on le bouchonne, on le douche, on le sèche, on le masse, on l’emmène manger cette belle herbe qu’il a sous le nez 23 h sur 24 h sans pouvoir l’atteindre…

Devenez homme ou femme de cheval, pas cavalier pilote ou cavalier client… là aussi, merci les professionnels qui interdisent l’accès de leur manège à ceux et celles qui respectent leur cheval et désirent faire une petite longe avant de monter … je viens de lire un article édifiant sur un magazine très connu, un monsieur paie 285 € par mois, dans un superbe club, et se voit interdire l’accès au manège pour longer son cheval avant de monter. Parait que cela abîme le sol. Son anglo étant très chaud, quand il pleut, il ne peut pas le détendre, résultat il se fait régulièrement mettre au tapis les 10 premières minutes de sa reprise. Il a pris l’habitude de feindre des douleurs pour laisser le temps à son cheval de jeter son feu… douleurs qui bientôt vont être malheureusement bien réelles, mais tant pis pour le « client », car il ne peut s’agir que d’un client et non d’un cavalier respectueux de son cheval qui a besoin de se défouler, client qui paye 285 € pour se faire pourrir le dos. En tout cas le sol du manège est sauf lui !!!

Mettre quelques heures par jour, un cheval en paddock est, je ne cesse de le répéter, capital pour son physique comme pour son mental, toutes ces maladies de tics et coliques uniquement parce qu'on n'a pas compris qu'un cheval fait en moyenne 12 km par jour et que ses organes sont programmés pour ça...

C’est comme Flamme, le cheval de Cheval magazine, qui nous parle des merveilleuses couvertures, petit soleil d’hiver, palefreniers surbookés et sauna garanti… merci aux professionnels si attentifs aux chevaux et aux cavaliers propriétaires ou non… ah oui, j’oubliais, attentifs au client… il serait bon que ces fameux clients deviennent de vrais cavaliers et réclament le minimum syndical pour le cheval comme pour eux…

Bref, revenons à nos moutons… pardon à nos chevaux, levez un peu la tête et pensez cheval … ça fera du bien à tout le monde et à vous le premier ou la première car la logique, ici, est le début de la sagesse…