SHAMIR ET SULTANE

par Florence

 

Je connais mes chevaux (je préfère dire Sultane et Shamir) par coeur mais je ne
trouve pas que ça me donne le pouvoir d'extrapoler à partir d'eux à tous les
chevaux. Franchement, je le répète, je n'aime pas la division en races,
distinguons à la limite sang chaud et sang froid mais pas plus. J'ai
rarement connu la race exacte des pauvres bêtes qui ont fait mon écolage, je
qualifie Sultane d'arabe X espagnol pour donner une idée de ce à quoi elle
ressemble et de ce que je sais de sa provenance mais c'est bien tout! Et le
paradoxe veut que Shamir, le seul animal à papiers de la maison, dont on
pourrait être sûr de la "race", ressemble davantage à un poney "qui a de
l'arabe" qu'à un pur quelque chose!!

Bon, pour être plus sérieuse, voici les arabes que j'ai connus par ci par là
et ce qui a orienté mon choix au moment de trouver un successeur à Sultane:
ils sont petits (ouiii je ne suis pas grande et j'aime peu les cargos à
l'encolure interminable), ils sont curieux de ce qu'on leur demande, ce qui
les rend souvent disponibles et vifs à comprendre (donc il faut soi-même
être concentré et à leur écoute, beaucoup anticiper), ils ne sont pas du tout
nerveux et intenables mais ont du ressort, du peps (donc faut parfois un peu
d'équilibre pour tenir sur leur dos vu la rapidité de leurs mouvements, mais
pas plus). Cette curiosité leur donne du courage, voire un moral de battant:
ils veulent continuer même au péril de leurs forces.

Les demi-sang arabes que j'ai connus étaient souvent beaucoup plus cabochards et
frimeurs, plus difficiles en fait, comme s'ils prenaient de l'arabe son sang
mais pas sa droiture et son intelligence orientée VERS le cavalier. Je
réfléchis à un exemple: un demi-arabe que je montais pour une amie, était le
roi des écarts et des demi-tours galop pour un oui ou un non. Shamir
sursaute mais ne fait pas d'écarts: il s'arrête devant l'inconnu ou
l'inquiétant, il observe, et si je le rassure sur l'absence de danger, il
avance et va renifler; si je le retiens, il continue à se dominer et on
s'éloigne, point.

Autres exemples : je monte mon p'tit avec un gros licol, je le longe sans
longe, parfois je suis à cru, il connaît ma voix, lorsque quelqu'un d'autre va le
monter je les "présente" et je demande à la personne de le préparer
entièrement (je ne prête pas non plus mon mari sans préalable! Shamir et
Sultane ne sont pas des objets et comme tous les chevaux, ils vous font
comprendre "Ok je me laisse faire mais c'est bien par courtoisie, car vous
vous y prenez très étrangement, voire pas du tout comme il faut"), etc.
C'est évidemment l'avantage d'avoir débourré en grosse partie soi-même et
comme vous le faites aussi de n'avoir jamais tenté l'impossible quand c'était
impossible, ni risquer le face à face stérile des volontés qui briserait la
confiance de Shamir en moi, y a des bons moments et des moments où il vaut
mieux s'abstenir. Vous voyez, on revient encore à : question de race ou de
dressage ? Mon expérience me fait dire que les "purs" se dévouent et sont
bienveillants SI leur cavalier leur inspire ce respect par une attitude
juste et amicale, en quelque sorte dévouée elle aussi; mais cela ne
convient-il pas à tout équidé?

Autre caractéristique technique: les arabes ne sont pas si résistants,
solides et endurants qu'on veut souvent bien le faire croire. J'en connais
qui sous le climat belge (hum... humide) ont des problèmes de peau (gale
de boue, dermatophilose, crevasses, etc.), d'autres doivent être
complémentés proportionnellement à des grands pour ne pas perdre de l'état
et en activité intense ils ont besoin d'entraînement et d'avoine comme les
autres. J'en connais aussi plusieurs qui ont mal au dos : avec la peau, je
dirais que c'est leur grand point faible, dû sans doute à leur port de tête
naturellement très relevé, qui creuse le dos et si celui-ci n'est pas très
bon, c'est bingo. Bref, baisser le nez, travail en piste, dressage,
etc. voilà le lot des propriétaires d'arabes! Autre optique : étant des
chevaux "de valeur", on les élève peut-être trop dans la soie et on
amoindrit leur résistance naturelle avant de me suivre, Shamir ne
connaissait que des installations magnifiquement pensées pour les chevaux et
n'allait en prairie qu'avec un vieil hongre pacifique ; inutile de détailler
la castagne qu'il a subie les premières fois qu'il a été lâché en prairie
avec le troupeau de son écurie actuelle, il ne parlait pas le langage
(corporel) des chevaux et son organisme se ramassait toutes les crasses
possibles...

Pour revenir aux chevaux en général, je n'aime pas les cavaliers de club qui
disent "Il te teste, il va essayer, il est bête", etc. Pour moi, un cheval
est un être vivant autonome qui a la capacité de vivre sa vie sans cavalier,
même s'il est d'une intelligence inférieure et que dans notre monde
d'humains, il a en fait fort besoin de moi. Je dois donc me mettre à sa
hauteur, me faire accepter par lui comme chef bienveillant (une expression
que j'emprunte aux chuchoteurs!) et me faire comprendre de lui. Et non
l'inverse. Donc, en cas de problème, tout d'abord, avant tout et
premièrement se remettre en cause soi (comme je vous l'écrivais
précédemment, chaque fois que Shamir a refusé quelque chose, je découvrais
finalement toujours une bonne raison, toujours extérieure à sa bonne volonté).

J'ai l'impression que votre expérience avec Lady ne tient pas selon moi à sa
race mais à son parcours et à ce qui peut arriver de pire à un cheval quel
qu'il soit avoir un mauvais propriétaire, parfois les chevaux de club ou de
course seraient à envier... Selon vous, c'est sa race qui la faisait
manifester son mécontentement avec son proprio et par extension avec les
humains qui ne prenaient pas la peine de la comprendre, d'autres diront que
c'est son sexe féminin (par rapport aux hongres si constants), d'autres
encore : c'est normal que le cheval essaie parfois de se défendre de son
tortionnaire, etc. Moi je dis que c'est un peu de tout, et peut-être surtout
une question d'individu ; certains hongres ou juments se taisent, d'autres
protestent, non? Quoi qu'il en soit, vous avez visiblement su toucher Lady
et ce fut certainement une chance pour elle de vous rencontrer et de
connaître ainsi quelques moments de compréhension et de complicité.

Ca dépend bien sûr des écuries mais les galopeurs que j'ai vus à
l'entraînement, des PS donc, étaient extrêmement bien traités, un peu comme
des numéros (forcément vu leur nombre à devoir sortir en une matinée) mais
jamais de brutalité gratuite. Les grands moyens sont parfois sortis mais, à
nouveau, il s'agit d'une sorte d'équitation de travail puisque dans un but
professionnel et un cheval qui doit courir cet après-midi en course, on le
fera courir même s'il tremble de peur dans son box d'attente (j'ai vu ça de
mes yeux, c'était insupportable). J'y ai vu des chevaux gentils et soumis,
d'autres plus vivants mais ils avaient bien entendu tous les âges, dans la
tête, soit 18 mois, 2-3-4-5 ans... Alors envoyer à la meule pour débutants
de tout jeunes chevaux qui n'ont connu que l'encadrement par des pros et un
débourrage axé "vite, toujours plus vite", ça donne forcément des catastrophes.
Et le plus dur, c'est que si certains sont réformés des courses en novembre,
c'est surtout pour faire de la place aux nouveaux poulains qui arriveront en
décembre, bref de futurs réformés supplémentaires, etc. le cercle n'est
jamais bouclé.

Les seuls trotteurs que j'ai côtoyés étaient deux juments de propriétaires
qui ne m'ont pas semblé plus faciles ou plus difficiles que d'autres à
remettre dans la voie de l'équitation de loisirs, comme je trouve que vous
l'avez fait avec Lady ; dédramatiser la manipulation par les humains,
déguiser sous des dehors moins contraignants le travail avec eux, leur
rendre ou leur permettre la confiance.
En conclusion parlons du passage de l'homme dans la vie des chevaux,
quelle que soit leur race et aussi en fonction de
leur race vu que cette dernière a été créée par la sélection naturelle mais
également par l'homme selon ses besoins.

Sultane

Shamir

Shamir

 

Je réalise que j'ai beaucoup parlé de Shamir, alors je voudrais
"raconter" Sultane. Ca risque d'être long car comment décrire en quelques
lignes un cheval que j'ai vu évoluer de la maturité vers la retraite, alors
que moi-même je grandissais (parents, étudiante, mariée et employée), et
comment résumer nos 14 ans de vie commune ? Voici non un portrait mais une
petite histoire de Sultane:

Il s'agit donc de mon premier cheval à moi, mon unique et adorée biche
d'amour. Si les récits de ton site m'ont souvent fait pleurer, j'espère que
mon histoire n'en fera rien, entre autre parce que son héroïne principale
n'est pas encore partie et parce que nous avons toutes deux eu une bonne vie
ensemble.

A 15 ans, à force de larmes et de crises, j'ai fait acheter par mes parents,
dans l'ignorance la plus complète, une petite jument blanche aux grands yeux
noirs, très douce. Elle était à un vieux monsieur - ancien fermier - qui
faisait (j'utilise le passé parce que depuis il s'est retiré) un peu
d'élevage maison avec des étalons arabes pêchés, je ne sais où et des juments
andalouses rachetées sur un marché et destinées à la boucherie (place de la
Duchesse pour les Belges qui connaissent). Ce fermier de 84 ans à
l'époque, louait les produits non vendus pour des promenades en forêt près de
Bruxelles. Il est arrivé que les chevaux passent trois semaines au box parce
qu'il pleuvait et qu'il n'y avait pas de clients, ou qu'ils se tapent neuf
heures de promenades de suite, parce que le dimanche était ensoleillé, et
le plus souvent sans accompagnateur pour tempérer les ardeurs des
"cavaliers": tu imagines l'anarchie avec des jeunes chevaux pour la plupart.
J'ai honte d'avouer aujourd'hui que j'ai fait partie de ces cavaliers.
M'enfin, j'avais tout juste 14 ans, ma soeur et moi montions à cheval depuis
deux ans en club et cette écurie-là, marginale, nous permettait de goûter à
la liberté joyeuse de la promenade loin des moniteurs. Attention, les
chevaux n'étaient pas à proprement parler maltraités mais plutôt soignés
avec très peu de moyens et des systèmes D très variés. Par exemple, les
juments comme Sultane vivaient en stalle sans séparations, les mangeuses
les plus rapides et les plus dominantes raflant la ration de la voisine
timide (Sultane...), les étalons et les juments qui venaient de pouliner
n'allaient pas en prairie mais étaient attachés par une corde à un piquet
que le monsieur déplaçait pour leur permettre d'avoir de la nouvelle herbe,
les poules pondaient parfois dans les mangeoires et les chevaux mangeaient
les oeufs à leur portée, etc.

A la fin de l'été 1989, durant lequel ma soeurette et moi avions été des
clientes assidues, le vieux monsieur nous a annoncé qu'il devait faire de la
place dans ses écuries et qu'il avait tiré au sort le cheval qui serait
vendu: c'était "tombé" sur Sultane. Ma soeur et moi ne la connaissions pas
très bien mais nous avons pleuré, tapé du pied et tout et tout et mes
parents ont fini par céder. Ayant entendu dire quelque part, qu'il fallait
faire un examen d'achat par un vétérinaire, j'en ai appelé un au hasard de
l'annuaire, qui a regardé Sultane de loin sur le parking de la ferme (il est
à peine descendu de son 4X4 pour encaisser les 2500 BEF de la "visite",
soit 62 EUR il y a 13-14 ans) et il m'a dit qu'elle devait prendre 100 kg
pour être bien. Avec cette bénédiction de l'homme de science (hum) en poche,
j'ai dit à mes parents que tout était ok et le 25 septembre 1989, Sultane a
débarqué dans notre jardin. Pour mes parents, il n'était pas question de
payer une pension, nous avions des box car les proprios précédents de la
maison avaient eu des chevaux ; nous avions voulu un cheval, nous allions
l'avoir !

Sultane avait alors 12 ans, un caractère d'une douceur extraordinaire,
raison pour laquelle elle était souvent "confiée" aux cavaliers les plus
débutants, mais pas les moins nombreux ni les moins téméraires
malheureusement, et elle souffrait de quelques raideurs que mon super véto
n'avait pas cru bon d'examiner.

J'ai alors appris la vie quotidienne auprès d'un cheval ; commander et
rentrer la paille et le foin, trouver des astuces pour éliminer le fumier,
conquérir de petites parcelles de pré auprès de voisins et de fermiers,
nourrir et vérifier l'eau tous les matins avant d'aller à l'école ou le
dimanche à la même heure (sinon Sultane trompettait dans son box), faire le
box le soir dans le noir et la gadoue même s'il pleut des cordes (chère
Belgique) ou qu'il gèle à pierre fendre, et - récompense - faire de petites
promenades, d'abord avec mon Papa à pied, puis à deux comme des grandes.
Comme on dit toujours "A jeune cavalier vieux cheval"... Sultane en savait
tant que je trouvais naturel qu'elle soit si respectueuse et si douce à
manipuler, qu'elle n'ait peur de rien et passe partout où ma fantaisie
finissait par nous conduire, etc.
Le brave cheval comme tout cavalier de
club en rêve, elle m'a montré tout ce qu'un cheval raisonnable (à la fois de
bonne volonté et qui se ménage) accepte de faire et les limites à ne pas
dépasser. Elle restait seulement fort distante, pas du tout affectueuse pour
un sou, mais n'ayant pas cotôyé d'autre cheval avant elle, je me disais que
c'était comme ça, un cheval et son cavalier.

Après environ un an, ma blanche s'est mise à boîter régulièrement des
postérieurs. Et je ne savais pas quoi faire. Etait-ce comme une volonté de
m'aveugler pour ne pas renoncer à mes plaisirs ? Le vieux monsieur qui était
mon conseiller en matière de chevaux me disait que c'était du cinéma et que
je devais la faire trotter. Cependant, devant l'absence d'amélioration
(hum), des radios ont été effectuées et ont révélé que les articulations du
jarret de Sultane étaient complètement bouffées par l'arthrose. Entre le
conseil d'un véto de faire des infiltrations antidouleurs "pour que je
puisse continuer à monter le cheval" et celui d'un autre de faire abattre le
cheval "qui ne pourrait plus jamais rien faire", j'ai alors décidé sans en
parler à personne de laisser ma belle au repos, sans trop savoir pourquoi je
faisais cela ; retraite anticipée ? convalescence ? Je ne voulais pas y penser.
Ca a duré une petite année, durant laquelle Sussu était simplement nourrie,
soignée, parée et lâchée, parfois en compagnie d'autres chevaux ou poneys.
En effet, ma petite soeur (elle grandit, mais bon elle reste toujours plus
jeune que moi!) avait entre-temps trouvé sa ponette de rêve, une voisine
avait également craqué pour un beau poney gris, et nous avions rencontré
deux autres jeunes filles qui avaient un cheval dans le village. Sultane et moi
n'étions donc plus seules.

Quand j'y repense, heureusement que mes parents ne se posaient pas trop de
questions à propos de cette tondeuse à gazon poilue... Apparemment, ce
"temps de réflexion" prolongé n'était pas une mauvaise idée parce que un
jour, j'ai remarqué que Sul trottait en prairie sans boîter. Avec le repos,
l'arthrose s'est apparemment stabilisée, laissant les postérieurs raides
mais sans douleurs. Au fil des semaines et des mois, nous avons d'abord fait
à deux des petits tours à cru au pas dans le quartier, puis petit à petit
plus longs, puis un galop lorsque ma blanche en manifestait l'envie, et de
fil en aiguille, elle a développé une musculature et une attitude compensant
ses raideurs et j'ai pu la monter quasi normalement vu mon emploi du temps
d'étudiante puis de travailleuse mariée. Promenade d'une à deux heures aux
trois allures, du moment que je lui laissais son encolure (rênes
abandonnées), que je prenais bien le temps de l'échauffer au pas, que je ne
faisais du trot que sur un sol tendre et sur un sol encore plus souple un
ou deux galops nerveux pour le moral (encore aujourd'hui, si elle est
d'humeur, elle démarre au quart de tour). Nous avons très peu travaillé en
carrière: peur de dépasser les limites physiques de Sultane et de perdre le
bénéfice de toutes mes précautions, et parce que j'ai rarement eu de
carrière à ma disposition, et aussi soit parce que j'ai horreur de monter en
piste à cause de Sultane qui ne connaît pas et n'aime pas ça (qui fut même
débourrée en promenade), soit encore parce que Sultane n'aime pas à cause de
moi qui n'aime pas... En fait, nous pratiquions mollement la technique de la
promenade-gymnastique et surtout je suivais les humeurs de Sultane, dans le
sens que je respectais le rythme qu'elle prenait et le niveau de dynamisme
dont elle faisait preuve. Ceci a duré dix ans.

 

En me retournant sur toutes ces années passées ensemble, je réalise que Sultane
m'a aussi suivie dans mes déplacements ; le jardin familial, deux petites
écuries pour me dépanner pendant les vacances ou les examens, deux autres
écuries alors que j'étudiais loin de chez moi, puis quatre ans de fidélité à
une écurie de chevaux de courses où ma blanche était soignée avec tous les
égards. Ma petite boulette qui avait déjà 20 ans provoquait un certain
"étonnement" parmi tous ces galopeurs à peine adultes et à la silhouette de
lévrier, qui devaient eux gagner leur picotin à force de sueur. Note
comique: la couleur blanche n'est pas courante dans ce milieu et ces pauvres
bébés chevaux faisaient des écarts en nous croisant!

Pour ses 24 ans, j'ai décidé d'offrir à Sultane sa retraite comme on dit
bien méritée. Sa dernière année d'activité s'était déjà déroulée de manière
nettement plus calme. Pas tant à cause de problèmes physiques, qu'en raison
d'une démotivation croissante, plus rien n'intéressait ma Sussu sauf d'être
en prairie avec d'autres chevaux. Les petits galops sur les chemins qu'elle
connaissait par coeur ne l'excitaient plus, seule ou avec d'autres chevaux
c'était pareil, les nouveaux chemins ou les endroits inhabituels
n'attisaient plus sa curiosité, elle se contentait d'obéir. Au moment de la
mettre au vert pour l'été, je me suis dit que c'était un bon début pour une
retraite.

Ayant moi-même déménagé vers une nouvelle région, je lui ai trouvé une
nouvelle pension chez un fermier. Ca semblait parfait, plus aucune
infrastructure pour monter (je veux dire même plus de belles promenades),
box et prairie avec d'autres chevaux à la retraite ou non montés, tous
ensemble. Ce fut une cata, ma toute blanche qui ne faisait pas son âge a été
rejetée par le troupeau existant, plus jeune, impossible de m'en occuper en
prairie sans déclencher la jalousie agressive des autres, ni de la sortir de
ce parc sans que les autres chevaux ne passent aussi. Sultane se
renfermait et maigrissait. Bref, elle a fini par rejoindre l'écurie de...
Shamir (c'est une autre histoire), où elle a sa pitance et son box perso la
nuit, elle est lâchée en journée avec un petit groupe sélectionné en
fonction des affinités, y a encore une autre forêt pas loin pour faire une
sortie une fois par mois, et surtout (enfin j'espère!) j'y viens quasi tous
les jours et peux lui manifester l'affection dont elle a en fait tant besoin.

Et oui, ma dure à cuire s'est singulièrement attendrie depuis qu'elle n'est
plus ma monture attitrée ; fini de me tourner le dos lorsque je me présente à
sa porte, c'est que maintenant, on me suit avec des yeux implorants... tandis
que je prépare Shamir... Et on se laisse attraper en prairie presque sans
ruse, et on me salue, et on apprécie les doudouces et les câlins en
silence, on en redemande même aux endroits stratégiques, et on se laisse
vraiment soigner, tout partout, même les yeux et les naseaux, en confiance.
C'est comme si, l'âge apportant la fragilité, ma juju ne se sentait plus de
force à jouer le cheval indépendant et comptait sur moi pour l'aider,
déposait entre mes mains sa confiance enfin totale et tous ses petits
soucis.

J'ai lu quelque part (sur le site de la Ligue Française pour la Protection
du Cheval, si je peux faire un peu de pub, qui essaie d'établir un label de
qualité pour les écuries de retraite) que les gens qui veulent donner une
belle retraite à leur cheval sont généralement des gens qui ont toujours
pris à coeur le bien-être physique et moral de leur cheval et qui l'ont
beaucoup manipulé et entouré d'affection, et par conséquent ce type de
cheval de ce type de propriétaires ne peut pas se contenter au jour de sa
retraite d'être en prairie sans visites et sans attentions humaines ; il a
besoin, peut-être plus que jamais, d'être manipulé et de recevoir de
l'amour. Si cette réflexion devait s'appliquer à moi, j'en serais vraiment
extrêmement touchée.


FLORENCE

Portraits chevaux